Olivier De Serres

Peindre est une de ces choses qu'on poursuit à cause d'un état dans lequel nous sommes, où nous avons le sentiment qu'il ne nous serait plus possible de faire autrement. Nous pensons que les nécessités ne sont rien d'autre que des déterminismes sur lesquels s'aligne notre volonté. Nous pensons que c'est en partie de là que viennent les sentiments de liberté et de vie.

C'est aussi ce qui maintient en mouvement, ainsi que le sentiment de puissance qui apparaît en même temps que les lignes et la couleur au bout de ses doigts; la satisfaction éphémère vécue lorsqu'on met fin à quelque chose, ou l'excitation du commencement, faisant face à toutes les possibilités de ce qui est à venir.

Nous nous considérons tributaires d'un surplus produit par une vie qui ne manque de rien, lequel trouve une voie de dépense dans notre pratique. Ne nous y trompons pas en croyant qu'il s'agit ici du genre de choses qu'on peut dépenser par la sueur et l'essoufflement. Ce n'est pas la richesse qui permet de courir, mais plutôt celle qui nous en donne l'envie.

Avons-nous réellement donné quelque chose à ce que nous venons de faire? Qu' avons nous vraiment risqué? Qu'étions-nous prêts à perdre dans cela? De quoi avons-nous été capables de nous séparer? Nous devons réussir à nous départir de quelque chose pour laisser place à ce qui est à venir. De là vient la prise de pouvoir sur soi; notre nouveau gain par le don. De nouvelles possibilités son ouvertes par chaque chose que nous terminons et dont nous nous détachons.

La peinture porte les traces de cette énergie dépensée et chaque tableau est pour nous comme la nourriture jetée au fond de l'eau ou les biens donnes au feu.

C.V.